Notre délégation des Verts et d’Europe Écologie a participé à la Marche de la Liberté à Gaza la semaine dernière. Comme les quelques 1500 autres marcheurs venus du monde entier, nous sommes restés bloqués toute la semaine au Caire, stoppés dans notre projet par les autorités égyptiennes. Des bus avaient été loués pour acheminer une partie des Français au passage de Rafah. Rendez-vous avait été donné devant l’ambassade de France. Les bus ayant été interdits, ces marcheurs ont improvisé un campement sur le trottoir. Très vite, ils se sont trouvés coincés entre plusieurs rangées de militaires égyptiens et les murs de l’ambassade. C’est devenu la bande de Giza (référence au nom du quartier).
Nous n’avons pas pu nous rendre à Gaza et pourtant nous pensons que cette marche est (au moins partiellement) une victoire.
Première victoire, cette marche a renforcé la dynamique internationale du mouvement de solidarité au peuple palestinien en réunissant autour d’une même démarche des personnes de 43 pays, de culture politique et pratiques militantes différentes. Le campement des 300 Français a été rapidement rejoint par des Canadiens, Américains, Coréens, etc. et a reçu régulièrement des visites de marcheurs internationaux. Le campement est en effet rapidement devenu le quartier général des « assignés à résidence ». La marche a démontré la capacité du mouvement à mettre en place une action collective de solidarité internationale non-violente et inter-générationnelle. Nous sommes plus déterminés que jamais à renforcer cet engagement citoyen international pour la paix et la justice au Proche-Orient et contre le colonialisme sous toutes ses formes.
Deuxième victoire, cette marche a ébranlé les États arabes, et tout particulièrement l’État égyptien, mettant en évidence leurs contradictions internes et leur déconnexion vis-à-vis de leur propre société civile. De très nombreux automobilistes égyptiens sont passés devant l’ambassade et les immenses banderoles « Libérez la Palestine », « Halte au blocus de Gaza », ainsi que les drapeaux Palestiniens. Par des klaxons et signes de la main, les habitants du Caire osaient nous signifier leur soutien. Parfois à leurs risques et périls, dans ce pays où le droit de manifester n’est pas reconnu : nombre d’automobilistes furent arrêtés et leur identité contrôlée. La police et les militaires qui surveillaient le campement étaient eux-mêmes déstabilisés : certains applaudissaient ou témoignaient discrètement leur soutien, des gradés se disputaient en direct… Il est certain que le régime autoritaire égyptien s’est fragilisé en soutenant de manière aussi indéfectible l’État israélien, prenant le contre-pied de son opinion publique solidaire des Palestiniens. Les marcheurs, nous avons bousculé cet État en révélant son vrai visage aux opinions occidentales, et apporté un sourire de reconnaissance sur le visage des Égyptiens. Pendant cinq jours, la bande de Giza a en effet représenté une sorte de zone libre en plein cœur de l’Égypte.
Pendant toute la semaine, des initiatives ont été prises afin de dénoncer le blocus de Gaza et de revendiquer le droit d’entrer dans la bande de Gaza : sit-in devant l’ambassade des USA ou le siège de l’ONU, veillées aux bougies, rassemblement de soutien devant le siège du syndicat des journalistes égyptiens suite à l’interpellation de l’un d’entre eux… Toutes ces actions, initiatives, occupations, essais de rejoindre Gaza, ont été très largement relayés par les médias des pays arabes. Pendant une semaine, tous les journaux ont reproduit quotidiennement en première page une photo en couleur de nos actions ou de campement, illustrant des articles très approfondis. L’État égyptien a voulu nous faire passer pour des hooligans mais c’est lui qui est passé pour un État autoritaire. Il n’a réussi qu’à attirer encore plus l’attention sur le scandale du Mur d’acier qu’il est en train de construire sous terre entre Gaza et l’Égypte, pour renforcer encore plus l’isolation de Gaza.
Troisième victoire enfin, cette marche a prouvé ab absurdo à quel point Gaza est complètement coupé du monde. Alors que nous étions venus pacifiquement et ouvertement, nous n’avons pas pu entrer dans Gaza. Une population entière est prise en otage dans cette prison à ciel ouvert après avoir subi, voici un an, un massacre mis en cause officiellement par le rapport pour l’ONU du juge Goldstone, qui évoque des crimes de guerre voire un crime contre l’humanité. Le rapport Goldstone rappel qu’il faut faire primer le droit sur la force brutale de l’occupation. Il rappelle que l’offensive « Plomb durci » a fait 1417 morts du côté palestinien (dont 926 civils, incluant près de 400 enfants) contre 17 du côté israélien (dont 4 civils).
Le Hamas participe bien entendu de l’oppression du peuple de Gaza et a été condamné par le rapport Goldstone. Mais il n’est pas possible de mettre dos à dos le Hamas et l’État israélien. Il y a une asymétrie évidente de l’oppression. Les Gazaouis n’ont-ils pas droit à la liberté, à l’égalité et à la fraternité ? Il faut réaffirmer le droit universel de se déplacer et de se réunir ! Le blocus va à l’encontre des droits humains les plus élémentaires.
Pour conclure, la Marche de la Liberté pour Gaza révèle une déconnexion absolue entre les peuples, solidaires des opprimés, qui s’organisent de plus en plus horizontalement, et les États. Une citoyenneté mondiale commence à se mettre en place, fragilisant la légitimité des États. Si l’État égyptien s’est radicalement décrédibilisé, nous ne pouvons que remettre en cause également le rôle passif voire pire de l’État français, qui soutien de plus en plus ouvertement unilatéralement l’État d’Israël. Face à l’échec des États il faut que les opinions publiques se réveillent. Elles peuvent certes faire pression sur les États, mais elles peuvent aussi agir directement, par exemple à travers le boycott des produits issus des colonies israélienne en Cisjordanie.
Alima Boumediene-Thiery, sénatrice (Verts)
Nicole Kiil-Nielsen, députée européenne (Europe Écologie)
Jérôme Gleizes, responsable de la commission transnationale des Verts






















