03/02/2012 – 12:00
Afghanistan : le retrait à quel prix ?

Bruxelles, le 2 février 2012

Nicole Kiil-nielsen a interpelé le représentant spécial de l’Union européenne en Afghanistan, M. Usackas lors d’une réunion de la commission affaires étrangères du Parlement, afin de confirmer les informations suivantes, assez inquiétantes, venues de Kaboul :

- Après de nombreuses hésitations, le gouvernement afghan a finalement donné son feu vert pour que les pourparlers de paix avec les talibans se déroulent au Qatar avec comme interlocuteur principal les Etats-Unis.

Le gouvernement afghan a toujours défendu des négociations de paix menées par Kaboul et les représentants du peuple afghan (conformément aux principes de la grande assemblée consultative Loya Jirga). La Communauté internationale l’a soutenu dans cette position lors de la conférence internationale du 5 décembre dernier à Bonn.

Pourtant, le gouvernement afghan a été mis à l’écart au profit de la médiation américaine épaulée par le Qatar et dont l’objectif serait de faire accepter à la population afghane le retour des talibans et d’obtenir le consentement de ces derniers sur une présence militaire américaine à long terme.

- le bureau politique des talibans s’ouvrira bientôt au Qatar et les Etats-Unis affirment ouvertement leur volonté de les laisser participer aux structures du pouvoir.

La tâche semble compliquée étant donné que les talibans ont toujours refusé la présence des forces étrangères sur le sol afghan. Il n’empêche que, selon certaines sources, les Américains disposeraient d’un levier important pour obtenir l’accord des talibans : ils pourraient libérer les prisonniers de Guantanamo, notamment le tristement célèbre Mohhamad Fazl, bras droit de Molah Omar et ex-ministre de la défense du gouvernement taliban qui a ordonné le massacre des Hazaras à Mazar-e-Charif en 1998.

Les citoyens afghans ont peur, peur que les valeurs défendues par la Constitution, comme les droits des femmes, la liberté d’expression et, en général, l’avenir de l’Afghanistan ne soient remis en cause par le futur marchandage avec les talibans.

Les Afghans ont peur que ces négociations ne préparent, non pas le retour de la paix mais celui des talibans au pouvoir, notamment de certains criminels de guerre qui ont été responsables des pire massacres ethniques dans l’histoire de l’Afghanistan.

Par conséquent, de plus en plus d’afghans quittent leur pays. Certains vendent toute leur fortune pour permettre à leurs fils de passer la frontière à l’aide des passeurs.

Ainsi en 2011, plus de 30 000 Afghans ont demandé l’asile à travers du monde entier selon l’ONU. Leur nombre a triplé dans les trois dernières années.

Il est difficile de savoir combien d’Afghans sont déjà partis car il faut également prendre en compte l’immigration clandestine, pour laquelle nous n’avons pas de chiffres fiables.

Nicole Kiil-Nielsen a donc conclu son intervention en interrogeant M. Usackas sur le sort de ces réfugiés, et la responsabilité européenne face aux récents développements :

« Compte-tenu du retrait des forces européennes et américaines, de l’abandon des femmes afghanes et des Afghans démocrates, l’Europe sera-t-elle disposée à accueillir les refugiés afghans, à leur accorder l’asile politique ? »

Sans grande surprise, le représentant de l’Union n’a pas répondu à la question sur l’asile, se limitant à confirmer le fait que les Américains mèneront les négociations de paix avec les talibans au Qatar.

Reste à savoir de quelle « paix » on parle et à quel prix.

Digg This
Reddit This
Stumble Now!
Buzz This
Vote on DZone
Share on Facebook
Bookmark this on Delicious
Kick It on DotNetKicks.com
Shout it
Share on LinkedIn
Bookmark this on Technorati
Post on Twitter
Google Buzz (aka. Google Reader)
Un article de la rubrique  
Cette page peut intéresser une-e ami-e ? Envoyez-lui son adresse.
Adresse de votre ami-e
Votre message
Recopiez le code de l'image ci-dessous

Laissez un commentaire

Image CAPTCHA CAPTCHA Audio
Rafraîchir l'image